Hommes d’affaires d’expérience,
les business angels investissent leurs propres deniers dans
les projets auxquels ils croient.
Qui sont-ils ? Comment les approcher et, surtout,
comment les convaincre ?
L’argent est le nerf de la guerre
économique. Et, justement, il manque cruellement
aux créateurs d’entreprise français.
Trouver des fonds suffisants pour lancer une entreprise
sans pour autant céder la majorité de
son capital reste un exercice difficile. Les investisseurs
français demeurent frileux, aux antipodes des
pays anglo-saxons, où le capital-risque intéresse
beaucoup de fonds d’investissement à
la recherche de projets à fort potentiel de
croissance, tels les futurs Microsoft ou eBay.com
qui rapporteront des milliers de fois la mise initiale
en cas de succès.
En France, à l’inverse, l’emprunt auprès
de banques reste souvent la première solution envisagée
par le créateur d’entreprise. Il permet à
ce dernier de rester seul maître à bord, autrement
dit seul propriétaire après remboursement
de la dette et paiement des intérêts. Mais
c’est faire abstraction de la multitude de garanties
qu’il faut fournir, car le financement d’entreprise
n’est pas le métier des banques, et rares sont
celles qui souscrivent au capital de jeunes entreprises.
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On peut aussi solliciter son entourage. Amis et famille
s’avèrent parfois d’un grand secours.
Néanmoins, il s’agit d’aider à
la constitution de fonds et, même si les créateurs
démarrent avec des budgets serrés, les sommes
utiles à l’amorçage franchissent vite
le seuil du million de francs.
De là le développement rapide, ces dernières
années, des financements réalisés par
les business angels. Ni capital-risqueurs, ni promoteurs
du financement de proximité, ces hommes d’affaires
sont des investisseurs privés qui risquent leurs
propres deniers dans les projets auxquels ils croient. Ils
seraient déjà 30 000 en action dans l’Hexagone
contre 250 000 aux Etats-Unis. Leur technique : prendre
une participation minoritaire de l’ordre de 10 % à
15 % du capital, pour un montant qui varie de 100 000 francs
(15 245 euros) à 5 millions de francs (762 245 euros),
dans une entreprise au développement prometteur.
Ils en attendent un fort retour sur investissement : l’objectif
est de quadrupler au minimum la mise de départ et
ce, dès les premières années d’existence
de la société.
Misant leur fortune personnelle, les business angels suivent
attentivement leurs poulains et ne se contentent pas de
siéger au conseil d’administration et de regarder
les comptes. Ils optent pour un véritable coaching
du jeune entrepreneur : le " parrain investisseur "
conseille, s’implique dans la stratégie, rectifie
les imperfections et ouvre, quand besoin est, son carnet
d’adresses. Il investit du temps et de la matière
grise pour son protégé. Non sans calcul :
aider l’entreprise débutante, c’est aussi
s’assurer la croissance de l’investissement
initial.
Ces consultants d’élite, qui parient sur les
résultats au lieu de facturer leurs honoraires, jouent
évidemment pour l’argent. Mais aussi pour un
motif plus personnel : les business angels aiment le risque,
ainsi que le piment de l’aventure entrepreneuriale.
Il semblerait que ce mouvement soit promis à un bel
avenir. Reste à savoir si des incitations fiscales
suivront. Pour l’instant, les avantages accordés
aux FCPI (Fonds communs de placements dans l’innovation)
ne concernent pas les individuels.
Ensuite, le développement de réseaux de proximité,
au-delà des réseaux spécialisés,
pourrait jouer un rôle important dans la sensibilisation
et le rapprochement des intéressés. Certaines
initiatives, en ce sens, ont déjà vu le jour
en France. Les besoins sont là, mais pour l’heure,
la timidité reste de mise.
Portrait-robot de l’investisseur providentiel
Homme d’affaires avisé, le Business Angel
a toujours derrière lui un passé d’entrepreneur,
de chef d’entreprise ou de cadre dirigeant. D’un
âge moyen de quarante ou cinquante ans, il possède
une expérience solide dans un domaine d’activité
précis et dans le management de projet. Il est capable
ainsi de juger de la pertinence d’un projet et choisit
de se lancer dans ce qui relève de son domaine d’expertise.
A la suite de la revente de son entreprise ou de bonnes
opérations boursières, il dispose d’un
patrimoine qu’il souhaite injecter dans une société.
Détail essentiel, il doit pouvoir perdre "
sans douleur ". Autrement dit ne pas devoir changer
de style de vie s’il venait à perdre les sommes
engagées. L’investissement, pour un vrai business
angel, est un jeu lucratif, et non pas un gagne-pain. Son
passé de manager lui confère un réseau
de relations divers et varié, et fort utile. Ses
motivations sont de deux ordres : réaliser de gros
bénéfices et renouer, par procuration, avec
l’aventure entrepreneuriale, sans subir directement
le stress du créateur. En général,
le business angel fonctionne à la confiance, à
l’adhésion, à l’instinct. Ses
critères de choix sont avant tout dictés par
son sens des affaires, trempé par l’expérience.
Prudent, le business angel multiplie les participations
dans diverses sociétés. Selon les cas, il
préfère travailler seul ou s’entourer
d’autres investisseurs sur une même affaire.
Inconnus des médias, pour la plupart, les business
angels français ne recherchent guère la publicité,
soucieux de ne pas dévoiler leurs richesses et d’être
sollicités de manière inopportune.
Les réseaux intermédiaires
Pendant longtemps, l’opacité et la dispersion
de ce marché des fonds propres à destination
des PME conduisaient les entrepreneurs en mal d’investisseurs
à solliciter leurs relations. Les banques, les notaires
se sont prêtés également au jeu du renseignement,
mais de manière informelle. Aujourd’hui, professionnalisation
oblige, des réseaux de plus en plus accessibles,
et identifiés comme tels, se constituent et se médiatisent
par le biais, entre autres, de l’Internet.
Newtic.eu : le choix de projets de qualité
Le réseau business angels de newtic.eu, actif sur
l’Internet, a pour objet d’accroître les
sources de financement des PME non cotées et des
entreprises en création qui recherchent des investissements
à risque.
" Dès l’instant où un créateur
a préparé son business plan, il peut prendre
contact et remplir un dossier de sélection.
Une capitalisation à plusieurs étages
La recherche de fonds peut être envisagée à
différentes étapes : lors de la création
de la société, il s’agit alors de capitaux
dits d’amorçage. Ensuite, un apport financier
est souvent nécessaire lorsque l’étape
dite " start-up " est franchie, autrement dit lorsque
la société existe depuis un an, a validé
son projet et souhaite franchir un nouveau cap, comme l’industrialisation.
Enfin, de nouveaux capitaux peuvent être injectés
lors du développement d’une nouvelle activité
dans une entreprise déjà mûre, on pense
alors à une internationalisation.
Comment séduire un business angel
Envisager l’ouverture de son capital est donc le
premier pas indispensable, mais ensuite il faut bel et bien
que le projet lui-même séduise un business
angel. Différents critères, objectifs mais
aussi plus intuitifs, sont mis en balance.
Le premier pas dans l’association avec un business
angel, même s’il s’agit de business, reste
la rencontre entre deux personnalités. L’aspect
humain, non quantifiable, prend alors toute son importance.
Parallèlement à l’étude proprement
dite de l’investissement, le business angel recherchera
toujours un tempérament de chef d’entreprise
: combattant, motivé et dynamique, capable de surmonter
les difficultés.
Cette compatibilité des personnalités sera
approfondie dans un entretien. Tous les business angels
disent vouloir retrouver chez leur interlocuteur cette volonté
d’entreprendre qu’ils connaissent bien et qui
les a guidés tout au long de leur parcours professionnel.
Le cas échéant, le créateur défendra
son CV en mettant en valeur l’apport de ses différentes
expériences professionnelles. S’il s’agit
d’un jeune créateur, il lui faudra mettre en
valeur les différentes initiatives qui a pu le conduire
à prendre des responsabilités dans le monde
associatif, par exemple. Bref, il faut jouer le jeu d’un
super entretien de recrutement. Dans cette même logique,
le business angel veut un entrepreneur à la tête
d’un projet et non un inventeur. Il veut quelqu’un
de pragmatique avec les pieds solidement fixés au
sol. Le business angel n’aime pas l’à-peu-près.
Il ne portera d’attention qu’aux projets avancés,
incluant un business plan crédible et complet.
Le projet doit appartenir à un secteur traditionnellement
ouvert à l’investissement.
Le projet connaît un positionnement sur un marché
délimité, reconnu et qui semble en forte croissance.
Le business angel peut alors projeter une rentabilité
prometteuse.
Le projet apporte une idée nouvelle. Qu’il
s’agisse du produit proprement dit ou des procédés
commerciaux, marketing, industriels, ou encore de sa mise
en œuvre, l’innovation est un critère
indispensable.
L’intervention du business angel s’appréhende
en amont, et non en dernier recours. Son intervention n’est
pas envisagée dans l’urgence lorsque la situation
de l’entrepreneur est désespérée.
Dernier critère, très important : l’entrepreneur
doit aimer le travail d’équipe et accepter
l’accompagnement. Même si celui-ci reste discret
et en aucun cas directif, il est nécessaire d’accepter
les critiques susceptibles de conduire à la valorisation
de son entreprise. L’entrepreneur ambitieux doit comprendre
qu’il ne peut se développer seul. C’est
sa capacité humaine à accompagner le développement
du projet qui emportera la décision des investisseurs.
Les principes de base du capital-risqueur